Pendant des millénaires, la population mondiale est restée relativement stable ou marquée par une croissance très faible et très lente. Mais entre 1800 et 2000, la population mondiale est passée de 1 milliard à 6 milliards d’habitants. Cette croissance extraordinaire est en partie la cause de la dégradation de notre environnement actuel. Pour nourrir cette population de plus en plus nombreuse, il a fallu développer l’agriculture et l’industrie, puis assurer la distribution à grande échelle des produits. Ces mesures indispensables ont malheureusement entraîné une forte croissance de la consommation d’énergie et aussi une pollution dont nous souffrons tous. Elles ont perturbé les équilibres naturels.
On estime que la population mondiale pourrait atteindre environ 8 à 10 milliards d’individus d'ici un demi-siècle à un siècle. On pense qu’il sera possible de nourrir cette population, à condition qu’aucune perturbation majeure ne survienne (guerre, accident industriel ou climatique, etc.). Le défi est donc de trouver dès aujourd’hui des solutions agricoles, industrielles et urbaines, qui nuisent le moins possible à l’environnement, tout en permettant de nourrir et d’abriter au mieux le plus grand nombre d’individus, sans freiner le progrès scientifique, technologique, économique et social. Le développement actuel doit s’inscrire dans la durée pour permettre aux générations futures de vivre dans des conditions de confort optimales. On parle donc désormais de développement durable.
Une domination sage
Depuis les débuts de l’ère industrielle, vers 1750, nous voyons se développer une domination humaine immodérée. La surexploitation des ressources naturelles menace les milieux et les espèces sur tous les continents. Environ 10 000 à 15 000 espèces sont directement menacées, dont 12 % des oiseaux, 22% des mammifères, 39% des poissons et 70% des plantes (d’après la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, UICN). Ce bilan préoccupant nous pousse d’autant plus à chercher des solutions.
D’après le livre de la Genèse, dans la Bible, les hommes et les femmes étaient invités à remplir et dominer la terre en communion avec Dieu (mettre ici le verset biblique dans un encart). Ils étaient tenus de prendre soin de la création, avec amour, pour le bien de toutes les créatures et pour la gloire du Créateur. L’un des verbes hébreux traduits en français par « dominer » est employé dans ce sens à plusieurs reprises dans la Bible. Les prophètes encouragent le roi à exercer sa domination avec justice, pour le bien de tous. Il est appelé à se conduire comme un berger envers son troupeau, et non comme un tyran assoiffé de pouvoir.
Garder la terre
Dans la Bible, les verbes cultiver et garder ont aussi un sens religieux. Selon le contexte, le verbe cultiver peut signifier « servir Dieu ». C’est un peu la même chose en français: on peut cultiver la terre ou rendre un culte à Dieu. Le peuple de Dieu est par ailleurs invité à garder les commandements donnés par Moïse, c'est-à-dire à les mettre en pratique. Il doit également garder l’alliance de Dieu, le sabbat, son âme. Cela indique bien une dimension spirituelle.
Ces verbes de la Genèse signifient donc que l’autorité déléguée par Dieu aux êtres humains se traduit par leur vocation de remplir et de cultiver la terre, mais aussi de protéger les êtres vivants. Leur domination ainsi définie implique leur responsabilité humaine et religieuse.
Si les hommes et les femmes respectaient autant que possible ces priorités imposées pour leur bien par le Créateur, s’ils aimaient Dieu avec confiance, la nature dans son ensemble s’en porterait certainement d’autant mieux…
Quelle vision du monde ?
Il est juste de voir dans la nature un enchaînement de causes et d’effets. Il nous appartient de bien le comprendre pour le maîtriser et en tirer un certain avantage, afin de trouver les moyens de mieux vivre dans ce monde. Mais si notre vision du monde se réduit à cette froide mécanique, si nous exploitons les ressources sans référence à Dieu, sans limite, le danger de mal gérer et de détruire les ressources de la terre est d’autant plus grand.
La volonté de dominer la terre, afin d’en tirer le plus grand bénéfice et le plus immédiat, conduit souvent les hommes et les femmes à forcer les limites du temps ou de l’espace comme de la nature. Parfois, l’argent est pour eux comme une sorte de dieu, qui finit souvent par se monter implacable et à se retourner contre eux. Le rendement et le profit sont sans doute légitimes, mais ils ont aussi leurs limites. C’est vrai aussi pour la fameuse « croissance économique » : elle ne doit pas s’imposer par tous les moyens pour dominer nos esprits et nos comportements, au point même de rendre l’humanité et la terre tout entière comme des esclaves. Les crises ont au moins pour effet de nous rappeler cette vérité élémentaire !
Repos, confiance et limites
Le repos du sabbat était l’un des garde-fous donnés autrefois par Dieu à son peuple pour l’empêcher de rompre les liens de solidarité entre les hommes et la nature. Un jour par semaine, les descendants d’Abraham devaient cesser tout travail. Le repos était pour les hommes et les femmes un signe de leur dépendance envers Dieu et de leur foi. Ils pouvaient avoir confiance en Dieu, qui leur donnait les moyens de vivre même lorsqu’ils se reposaient. Ce jour leur rappelait chaque semaine qu’ils étaient limités dans le temps et dans l’espace. Pour honorer Dieu, ils devaient ainsi tenir compte de leurs limites et de celles des hommes ou des animaux avec lesquels ils travaillaient.
Enfin, le jour du sabbat, le peuple de Moïse se reposait surtout pour célébrer le Créateur. La terre même devait « jouir de ses sabbats », se reposer pour être plus féconde. Mais lorsque les commandements de Dieu étaient ignorés, elle « vomissait » ses habitants !
L’image de la Bible est claire ! La terre ne supporte pas l’exploitation abusive des hommes, le non-respect du repos, le manque de foi en Dieu. Elle subit les effets de la désobéissance des hommes à la Loi de Dieu, au point qu’elle en est malade. Les hommes et les femmes peuvent donc dominer et soumettre la création, à condition qu’ils restent soumis à leur Créateur, dominés par le Seigneur, qui leur veut du bien !
Frédéric Baudin est écrivain et conférencier.
Il est directeur de l'association Culture-Environnement-Médias (CEM)
et vice-président de l'Alliance Evangélique Française (AEF)
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