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La paix au Moyen-Orient est-elle possible ? (témoignage)
par M.

Une Palestinienne, mariée à un Juif, a tiré un trait sur des histoires marquées par la haine. Elle nous raconte comment et nous parle de son espoir de paix…

            

 

J'ai vécu dans une famille musulmane : mon père est un Palestinien de Cisjordanie et ma mère est Egyptienne. Je jeûnais, je ne parlais jamais aux garçons et je refusais de manger du porc. Selon la coutume, mes parents avaient arrangé mon mariage dès ma naissance.

Je croyais en Allah, mais j'étais frustrée, parce que je voulais être plus proche de lui. Je voulais le connaître. Mais je savais qu'il était saint et que moi, je ne l'étais pas. Je savais que si je devais me présenter devant lui, j'éprouverais de la honte. Ce n'était pas que j'étais une gamine particulièrement mauvaise, mais je sentais intuitivement que même les pieux mensonges étaient inacceptables et la peur de ne pas être admise au ciel lors de ma mort me poursuivait.

En ce qui concerne les Juifs, j'en avais une peur mortelle. J'avais à leur propos une connaissance basée uniquement sur ce que mon père m'en avait raconté. Il les haïssait avec passion. Une nuit, des soldats israéliens ont appréhendé un de mes cousins en dehors des heures de couvre-feu. Ils l'ont roué de coups et l'ont gardé en prison pendant deux jours. Plus que mise en colère, cela m'a rendue triste. J'avais de la peine pour ma famille. J'éprouvais du regret pour les Palestiniens qui n'avaient pas de pays.

Mon père m'avait appris un chant scandé par l'O.L.P., mais je ne comprenais pas vraiment les paroles. Tout ce que je savais, c'était que mon père était fou furieux et qu'il transmettait sa colère à mes deux frères. Souvent, lors du journal télévisé, il se mettait dans un tel état qu'il finissait par devoir éteindre la télé.

Dans mon for intérieur, j'étais tiraillée. Je ne savais quoi ressentir. Par exemple, je prenais Saddam Hussein pour un maniaque, mais il me paraissait extrêmement déloyal d'exprimer une telle opinion, surtout auprès de mon père.

Quand j'avais dix-neuf ans, j'ai décidé de quitter le foyer, ce qui a porté un coup terrible à ma famille. Même si nous n'étions pas strictement religieux, nous étions très fiers de notre culture arabe. Partir comme ça, cela ne se fait pas. On m'avait promise en mariage le jour de ma naissance à un homme que je n'avais jamais vu, et je plaquais cette partie de mon avenir aussi.

J'ai trouvé du travail et là je me suis liée d'amitié avec une collègue qui s'appelait M.. Elle était chrétienne et je rencontrais en elle pour la première fois quelqu'un qui était passionné par sa foi. Elle savait que j'avais été élevée en Musulmane et nous passions des heures ensemble à parler de Dieu.

Concernant Jésus, je n'avais pas vraiment d'opinion à son sujet. Je savais tout simplement qu'il n'était pas pour moi, que les chrétiens se trompaient à son sujet. Pour moi, croire que Dieu s'était incarné était un blasphème. Je prenais les chrétiens pour des faibles et des indécis. Ma mère me disait que les chrétiens vendaient la Bible pour faire de l'argent. Il me semblait qu'il était mal de vendre la Parole de Dieu. « Bien sûr que nous sommes obligés de vendre des Bibles » me disait M. quand je mentionnais comment cette pratique me troublait. « Cela coûte de l'argent de les produire » me rappelait-elle.  

 

Ses réponses suscitaient en moi de la curiosité et un jour je suis allée avec elle à l'église. Je me suis assise au fond et j'ai regardé tout simplement. Je n'ai pas chanté ni rien fait d'autre.  Ce qui m'impressionnait le plus, c'étaient les gens. J'avais l'habitude que les gens soient peu sympathiques à la première rencontre, mais ces gens-là étaient singulièrement gentils. Ils avaient tous une chose en commun, une espèce de douceur. Je me surprenais à constater une telle unité parmi des gens qui du dehors semblaient si divers. Lorsque M. me demanda si je voulais l'accompagner de nouveau à l'église, j'acceptais.

Un soir j'ai été frappée par les paroles d'un chant en particulier. Il parlait de la vie de Jésus, de sa mort, de la manière dont il revint à la vie et comment il allait revenir. Alors que je lisais les paroles projetées sur l'écran, tout prenait un sens. « Il est mort pour mes péchés » ai-je pensé. Seul le Fils de Dieu peut faire cela. Je compris. Sa logique s'est imposée à moi. C'était un moment de clarté absolue, et je savais que je croyais en Jésus.

Chaque jour, pendant cinq minutes, je me suis mise à lire ma Bible ou je priais, et cela a changé ma vie. Ma relation avec Dieu s'est épanouie. Il est intéressant de constater que l'Islam requiert que l'on prie cinq fois par jour, sauf que ces prières-là sont obligatoires. Là, je priais Dieu parce que je voulais être plus proche de lui. Et je pouvais prier sur le champ, même dans le sous-sol d'une maison.  Peut-être en raison de mon éducation musulmane et de l'accent mis sur les œuvres, je croyais qu'il fallait que je mette de l'ordre dans ma vie pour pouvoir m'approcher de Dieu. Mais c'est justement parce que Dieu sait que nous n'y réussissons pas tout seul, qu'il a envoyé Jésus.  

Un jour j'ai fait la connaissance d'un homme juif qui allait changer ma vie...

Connaître D. a chassé bien des peurs et des préjugés que j'avais à propos des Juifs.  Je me sentais attirée par lui avant même de savoir qu'il était Juif, et découvrir qu'il l'était ne changeait rien à ce que je ressentais à son égard. Lorsqu'il m'a dit qu'il était non seulement Juif, mais croyant aussi en Jésus, cela ne m'a pas paru plus étrange que ça ; moi-même, arabe, croyais en Jésus. Cela signifiait plutôt que nous avions plus en commun que je ne le pensais.  

D. et moi nous nous sommes fiancés. J'ai appelé mes parents. C'est ma mère qui a décroché.  Quand je lui ai annoncé la nouvelle, elle a demandé, « comment s'appelle-t-il ? ».  Quand j'ai répondu « D. », elle s'est tue un instant, et puis elle m'a dit de ne plus les appeler.  Mon père et D. sont parmi les personnes les plus intelligentes que je connaisse, et je pense qu'ils s'entendraient à merveille. Cela impressionnerait ma mère de voir comment D. se conduit bien envers moi. C'est vraiment décevant de leur part qu'ils aient eu cette attitude.

Avant, D. était un Juif orthodoxe, membre actif d'un groupe anti-Palestinien. Il détestait tous les Arabes. Ensuite il est devenu chrétien, et l'on ne peut plus croire qu'il avait été si hostile dans le passé. De même, j'étais méfiante à l'égard de tous les Juifs jusqu'à ce que je l'aie connu. De plus, si ce n'était pour ma foi en Jésus, je n'aurais pas pu l'épouser. J'aurais été par beaucoup trop fidèle à mon héritage arabe.

D. et moi habitons dans une communauté où il y a une prédominance juive. En fait, vous vous étonneriez de remarquer les similitudes qui existent entre les cultures arabe et juive, au moins pour ce qui est de l'importance de l'unité.

On pourrait penser que le fait qu'il soit Juif et moi Arabe soit source de litige, et c'est vrai que nous avons dû apprendre à apprécier nos différences culturelles. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, D. et moi nous nous sentons encore plus Juif et Arabe, respectivement, depuis que nous avons placé notre foi en Jésus. Ni lui ni moi ne ressentons désormais le besoin de prouver notre nationalité à qui que ce soit. Je suis Arabe ; lui est Juif. Point final. Cela ne se discute pas. Mais notre identité originelle se fonde sur ce qui nous unit, c'est-à-dire sur notre foi.

Je suis profondément attristée de ce que mon propre peuple n'ait pas de patrie, mais cela ne relève pas de la faute des Juifs. Je songe à mon père et je pense à la détérioration de sa santé en raison du stress que provoque chez lui la situation. Lui, comme tant d'autres, ont énormément investi dans leur haine vis-à-vis d'Israël. Cette haine est beaucoup plus enracinée que ne l'est celle produite par tout autre conflit racial, il me semble.

Le pire, c'est de voir cette même haine dans les yeux des enfants. C'est la colère qui les gouverne. Mon peuple a pris ses enfants, les a remplis de haine, et les a placés sur le front pour s'en servir comme bouclier humain. Chaque fois que j'entends parler d'Arabes qui attaquent des Juifs ou vice versa, je suis consternée, mais ce qui me préoccupe davantage, c'est la peine que mon peuple s'inflige à lui-même (note AT2V : depuis le commencement de la deuxième intifada en 2000 -le terrorisme palestinien contre Israël- il y a 4 fois plus de Palestiniens qui sont morts que de Juifs).

 Il n'est pas de négociations de paix qui puissent porter remède à une haine qui a été nourrie durant de longues années. Il est évident que c'est notre cœur qui doit changer.

C'est pourquoi je suis de l'avis que la seule paix véritable que l'on peut atteindre, c'est une paix personnelle avec Dieu à travers Jésus. C'est seulement en étant réconcilié personnellement avec Dieu qu'on peut être réconcilié les uns avec les autres. Je ne sais pas s'il y aura un jour de la paix entre Arabes et Juifs de mon vivant. Ce dont je suis sûre, c'est que la joie de la réconciliation qui a eu lieu entre une Arabe et un Juif dans notre mariage n'a été possible que par le fait que Dieu a attiré à lui une Arabe et un Juif pour ensuite les réunir ensemble.


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