Anorexie Boulimie : Témoignage

Anorexie Boulimie : Témoignage
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Le cercle infernal anorexie-boulimie était enclenché pour Marie. Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ? Comment s’en sortir ? Interview-témoignage

AT2V : Marie, à partir de quel moment as-tu fait attention à ce que tu mangeais ?

Marie : Vers l’âge de 19 ans, quand j’étais à la fac. Mais déjà pour mon bac, je mangeais moins quand je stressais. Et puis j’utilisais la nourriture comme « chantage » envers mes parents. J’avais remarqué que quand j’arrêtais de manger, ils faisaient plus attention à moi et me permettaient plus de choses (des sorties…). Au moment de l’entrée en fac, j’ai été submergée par les responsabilités (inscriptions diverses, se débrouiller seule…) ; j’ai commencé à paniquer, à avoir peur pour les examens et donc j’ai commencé à moins manger. Et puis ça restait un moyen d’attirer l’attention de mes parents (j’habitais toujours chez eux). Surtout celle de mon père : il s’intéressait plus à moi, me montrait plus ses sentiments quand il voyait que ça n’allait pas parce que je ne mangeais pas.

AT2V : Avec le recul, tu dis donc qu’en mangeant moins, tu recherchais en fait son affection dans tes moments d’insécurité ?

Oui. Mon père n’est pas froid, mais il montre très difficilement ses sentiments.

AT2V : Ça a duré longtemps ?

1 an. Et puis un jour, ça a été l’inverse : je suis devenue boulimique, c’est-à-dire que je mangeais plus que de raison. Et là, ça a été la descente aux enfers.

AT2V : Comment ça ?

Pendant mon anorexie, j’ai beaucoup maigri (j’ai perdu 17 kilos). J’étais fatiguée, mais j’arrivais quand même à suivre mes cours. C’était mon stress et mes crises d’angoisse qui m’embêtaient, pas mon poids. Alors que quand je suis devenue boulimique, la nourriture est devenue mon obsession. J’ai vidé mon compte en banque pour m’acheter à manger (alors que j’étais économe avant). Je mangeais des quantités faramineuses, sucrées, salées, peu importait. J’avais une sensation de trou dans le ventre qu’il fallait que je comble sans cesse. Je m’achetais à manger, puis je me faisais vomir, à la fac ou chez moi.

AT2V : Tu avais peur de grossir ?

Oui. Et puis j’étais mal. Je mangeais plus qu’un garçon en activité, et tout le temps, donc ça me rendait malade. J’en étais arrivée à vomir 6 à 7 fois par jour. Je passais mon temps à ça : manger -vomir ; manger -vomir… Du coup j’ai eu beaucoup de difficultés à suivre mes cours. A la fin, à force de vomir, je crachais du sang, j’avais la trachée tout abîmée, mes doigts étaient tout écorchés… L’horreur quoi. J’avais vraiment envie de mourir, je ne voyais pas d’autre issue.

AT2V : Tes parents ne s’en sont pas rendu compte ?

Non. Ça parait bizarre comme ça, mais en réalité peu de parents se rendent compte que leur fille est boulimique. D’abord, tous les parents ne sont pas au courant que cela existe et que c’est une maladie. Pour les miens, en tout cas, c’était le cas.

AT2V : Et tes copines, tes copains ?…

Non plus. En fait les gens ne comprennent pas. Quand j’étais anorexique, on m’a fait des réflexions du style : « ben mange, t’es pas malade quand même ». Pour une maladie comme le cancer ou autre, on sait qu’il y a une cause externe, et là les gens compatissent. Mais pour l’anorexie ou la boulimie, on te dit que c’est de ta faute, que tu n’as qu’à arrêter. On ne conçoit pas ça comme une maladie. Ou à l’inverse, quand tu es anorexique, le regard des gens change sur toi : ma famille proche avait plus d’intérêt, plus de délicatesse, d’attention pour moi. Et ça, ça procure un bon sentiment. Les gens te voient, te regardent, ce que tu ne ressentais pas avant. Mais ça n’arrange pas les choses : ça t’encourage à continuer de maigrir !

AT2V : A quoi était due cette sensation de « trou » insatiable ? Tu en as une idée ?

Maintenant, je sais que c’était un manque d’amour. J’avais faim d’amour, en fait. Mais à l’époque je n’en avais pas conscience et je répondais physiquement à ce que je ressentais. Je passais tout l’argent de ma bourse dans la nourriture. J’étais consciente que je n’allais pas bien, que j’étais déprimée (mon médecin généraliste m’a mise sous antidépresseur pendant longtemps). Mais je ne savais pas la cause de mon mal-être et le médicament n’a pas eu d’effet.

AT2V : Tu n’avais pas de questions existentielles ?

Non, pas spécialement. Je trouvais que ma vie était même bien. Mes parents m’ont bien éduquée, je n’étais pas malheureuse… Il y avait juste cette obsession de mon poids et de la nourriture…

AT2V : As-tu essayé d’aller voir un psychologue ou un psychiatre pour t’aider ?

Oui, plusieurs fois, mais pour moi ça n’a jamais marché. On m’a même proposé d’aller dans une clinique spécialisée, en m’expliquant les conséquences graves sur ma santé que l’anorexie/boulimie pouvait avoir : impossibilité d’avoir des enfants si l’aménorrhée dure trop longtemps (absence des règles), déchaussement des dents… On m’a dit qu’il fallait que je sois coupée de ma famille car les conditions familiales ont une part dans l’origine de l’anorexie et de la boulimie. Mais j’ai refusé. Pour moi ça signifiait aller en prison et je ne voulais pas.

AT2V : Mais alors, comment t’en es-tu sortie ?

Un jour, dans une librairie chrétienne, j’ai vu un tract pour une conférence sur les désordres alimentaires (troubles du comportement alimentaire). J’y suis allée. Et là, c’était super. La conférencière, directrice d’une clinique spécialisée, était elle-même passée par là et du coup je me sentais comprise. A cette conférence j’ai rencontré une médecin nutritionniste avec qui je me suis tout de suite entendue et qui a commencé à me suivre. Enfin, j’ai fait la connaissance d’une jeune fille très sympa, chrétienne, qui m’a invité à son groupe de jeunes. On m’accueillait de toute part… Tout ça fait que pour la première fois, j’entrevoyais une solution à mon problème !

Par la suite, je suis allée à l’église de ma nouvelle amie. Je dois avouer que les premiers temps je trouvais bizarres tous ces gens qui avaient l’air joyeux ; il y avait un groupe de musique le dimanche, les gens parlaient de Dieu ouvertement… J’étais croyante mais sans plus et je n’avais jamais vécu ça… Mais au groupe de jeunes, je m’y suis sentie bien : les jeunes étaient sympas ; ils parlaient de leurs soucis entre eux pour se soutenir. On ne se connaissaient pas mais ils m’ont acceptée et ont prié pour que je sois guérie de ma boulimie.

Parallèlement à ça, j’ai commencé mon suivi avec la médecin nutritionniste. Elle m’a réappris à manger et m’a aidé à avoir des repères par rapport à mon poids. Elle m’a donné un truc : quand je voyais une jolie femme dans la rue, j’allais lui demander sa taille et son poids. Et ça m’a surprise de découvrir que les femmes que je trouvais minces, élégantes, étaient si « grosses ». En fait elles étaient « normales », c’est moi qui pensais de travers : je ne me trouvais jamais assez maigre. En faisant cela, ça m’a réappris à voir juste. La médecin a su aussi expliquer à mes parents ce qu’il fallait qu’ils fassent pour m’encourager. Je suis passée de 7 crises de boulimie par jour à 3 puis à aucune en l’espace d’un mois !

AT2V : Ça s’est passé aussi vite ?

Je ne sais pas expliquer. J’y ai vu l’action de Dieu. Je n’ai plus eu de vide en moi ni de voix tyrannique qui me dominait. C’est un peu comme si Dieu avait comblé mon vide intérieur par sa présence réelle, par son amour. J’ai aussi été suivie par une conseillère en relation d’aide chrétienne (cela ressemble à un suivi psy interactif). Et ça aussi, ça m’a fait sortir de ma maladie. Car j’avais un vis-à-vis, quelqu’un qui m’a aidée à comprendre ce qui se jouait en moi et qui m’apportait des réponses concrètes. Cette personne a aussi vu mes parents, et a aidé mon père à me manifester son affection.

AT2V : Alors ça y est, maintenant tu es définitivement guérie ?

Attention, je suis guérie, mais ça reste difficile. Quand on est un ancien alcoolique, on supprime l’alcool et donc la tentation avec. Quand on est boulimique, on doit manger, voir de la nourriture, préparer des repas tous les jours. C’est pour ça que ça reste dur, car il faut continuer à manger correctement. Par exemple, quand j’ai été enceinte (je me suis mariée avec un jeune de l’église), ça a été très difficile parce qu’il a fallu que je réapprenne à vivre avec une nouvelle image de moi, un nouveau reflet dans le miroir. J’ai pris 14 kg pendant ma grossesse et pour moi c’était catastrophique. Mais heureusement j’avais maintenant des gens pour me soutenir, me comprendre, me réconforter dans mon image de moi : mon mari, mes parents, mes amis chrétiens. Ça rassure énormément quand quelqu’un nous dit : « tu es belle ».

AT2V : Est-ce que tu aurais des conseils à donner à nos lectrices pour éviter de tomber dans l’anorexie ou dans la boulimie ?

Je vois plusieurs choses : d’abord savoir et se dire que notre valeur n’est pas dans notre apparence physique ni dans notre poids, même si la société actuelle nous dit le contraire. Ensuite, si elles veulent faire des régimes d’été, qu’elles se fassent suivre par une nutritioniste, une diététicienne, mais qu’elles ne le fassent pas seules. Sinon c’est la porte ouverte à la domination du poids. Enfin, qu’elles se tournent vers Dieu. Il est vivant, il veut agir dans nos vies et il peut faire des miracles si on lui donne nos vies !


conseils d’une psychothérapeute (sur le site partenaire cmavie.tv) : peur de l’anorexie

Pour en savoir plus sur Dieu :
Mode d’emploi pour croire en Dieu, rencontrer Dieu

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