Conception du bonheur dans le christianisme

Conception du bonheur dans le christianisme
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Selon la foi chrétienne, il est possible d’être heureux et de trouver le bonheur. C’est l’un des enseignements de Jésus. Voici comment.

Du bonheur perdu…

Pour le chrétien, le bonheur est repos dans la plénitude du présent : si nous étions heureux, nous nous contenterions de vivre le présent tel qu’il se donne. Cependant, le philosophe chrétien Pascal montre que cette aspiration à vivre intensément le présent reste partiellement impossible : « C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse… Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre » (Pensées, fragment 172). Si nous ne sommes pas totalement capables de vivre constamment au présent, c’est parce que l’homme est habité par un manque, par un vide intérieur. Cette insatisfaction témoigne de la perte d’un bonheur plus grand, dont il est aujourd’hui séparé (mais qu’il peut atteindre de nouveau).

D’où nous vient en effet cette idée d’un bonheur que nous n’avons jamais vu ? Cela ne peut être que la réminiscence de notre «première nature» : situation de l’homme au jardin paradisiaque créé par Dieu, état de plénitude, de paix et d’harmonie. De cet état, nous gardons, à notre insu, une nostalgie secrète. L’homme est dit «déchu» de ce statut primaire qu’il aspire à retrouver. Il n’a plus d’identité propre qui lui permettrait de se reposer en lui-même. Au lieu de cela, il cherche désormais cette identité dans le regard des autres, espérant trouver une consistance qu’il n’a pas.

Il préfère aussi chercher le bonheur dans l’agitation et le tumulte de la vie extérieure, car le repos acquis étant factice (il n’est pas le «vrai repos»), se transforme rapidement en ennui. Pascal voit la preuve de sa thèse dans le fait qu’une fois le but atteint, l’homme se donne aussitôt un autre but. Nous cherchons presque toujours autre chose que ce que nous possédons, et la réalisation d’un désir, même très profond, ne constitue ordinairement qu’un arrêt momentané dans notre activité incessante.

Ce que les hommes recherchent, c’est de se sentir vivants.

Là même où l’on attache du prix à l’objet, sa possession ne satisfait pas, car ce que les hommes recherchent, c’est de se sentir vivants. Bref le divertissement est le signe d’une vie où l’homme se perd volontairement dans une agitation permanente pour éviter de se retrouver tout seul, face à son vide intérieur et face à la mort.

Au bonheur retrouvé

Notre condition sur terre est marquée par la souffrance et la mort. Celles-ci ne sont pas les conditions naturelles de l’homme : elles sont la conséquence de la perte de l’état originel. Pascal nous dit : « Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir »(Pensées, fragment 183).

Pascal ne conçoit le bonheur véritable que dans la possession du «salut», c’est-à-dire de la relation à Dieu. A l’origine :

– C’était une harmonie de l’homme et de Dieu ; l’homme n’avait pas peur de son Créateur ; mais une séparation est arrivée : le «péché», qui, dans son sens biblique, n’est pas une catégorie morale. Car le contraire du péché n’est pas la vertu morale, mais la foi, qui restaure la relation de l’homme à Dieu.

– C’était également une harmonie entre l’homme et la femme : avant le péché, l’homme ne dominait pas sur la femme, et la femme ne cherchait pas à capter-séduire l’homme pour assouvir sa propre convoitise. Captation-séduction et domination sont les conséquences de cette altération des rapports interhumains. Il faudra l’intervention de la grâce divine qui, en régénérant le cœur humain (même si cette régénération reste temporairement partielle), restaurera cette unité originelle du couple humain. L’œuvre de la grâce est ainsi de faire passer l’homme d’une relation de domination à une relation de service (l’homme doit aimer sa femme au point de donner sa vie pour elle, dira l’apôtre Paul), et inversement, la femme doit passer d’une attitude de séduction-captation à une attitude d’accueil et de réception.

– Enfin, l’état originel impliquait une troisième harmonie entre l’homme et la nature : le récit de la Genèse souligne que la terre produisait spontanément ses fruits, en sorte que l’homme n’avait pas à travailler de façon pénible, « à la sueur de son front ».

Pour trouver le bonheur, pour obtenir cette paix du cœur qui seule peut mettre fin à l’agitation et à l’inquiétude, il faut que la relation à Dieu, source de toute joie profonde, puisse être restaurée.

Il faut que notre intériorité soit habitée par Dieu

Tant qu’elle ne l’est pas, l’homme aura nécessairement besoin du tumulte de la vie extérieure, afin de masquer ce vide intérieur creusé en lui par l’absence de Dieu, conséquence de la séparation introduite par le péché. « Le bonheur, conclut Pascal, n’est ni hors de nous, ni dans nous. Il est en Dieu ».
Comme le disait Saint Augustin : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi».


Charles-Eric de Saint Germain est professeur de philosophie et a écrit deux ouvrages : «cours particuliers de philosophie vol.1 et vol.2»


Pour en savoir plus sur la foi chrétienne :

Mode d’emploi pour croire en Dieu, rencontrer Dieu grâce à Jésus-Christ

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